Suite à deux années passées à explorer l'articulation entre territoire, art, architecture sur la commune de Grenade nous nous sommes déplacés vers la commune de Rabastens dans le Tarn où nous avons expérimenté de nouvelles stratégies pour concevoir et enseigner un projet sur le territoire des petites villes qui composent l'aire urbaine de Toulouse. Si l'an dernier, dans ces mêmes colonnes, nous avions insisté sur la dimension pluridisciplinaire du projet territorial nous voudrions souligner celle fois ci l'importance des échelles d'intervention en termes de géographie et de paysage dans la réflexion sur la réduction de l'étalement urbain.


L'équipe enseignante GEP1, "territoire/art/architecture", à l'Ecole d'Architecture de Toulouse, est composée de: Véronique Bigot et Agathe Lyon (plasticiennes), Christian Darles et Pierre Champagnac (responsables d'einsegnement), Gerard Fresquet, Laurent Gouwy, Jean Claude Mainvielle et Rémi Papillault (architectes).


Appuyée sur de magnifiques contreforts de brique Rabastens était une ville dense, juschée sur un long plateau, aux faubourgs limités, inscrite dans un paysage de hameaux, de coteaux, de vignes et de bois descendant jusqu'aux rives du fleuve. Lui faisant face en rive gauche, sur la commune de Coufouleux, s'étaient développées autour de la gare du XIX° siècle quelques constructions industrielles. L'arrivée de l'autoroute, voici quelques années, a changer la donne en très peu de emps, sur ces deux communes, rabastens-Coufouleux. Nous avons eu le loisir d'observer en détail les effets de cette mutation, notamment sur la diffusion du pavillonaire et des activités en périphérie sans que ne soit pensé un projet d'ensemble. Une ville à vau-l'eau qui aujourd'hui cherche un plan. Comme pour Grenade, nous étions pris entre le découragement de ceux qui arrivent encore trop tard et la jubilation d'imaginer, in abstracto, infléshir dans l'espace l'énergie de la croissance. Le projet urbain, dans sa définition usuelle, n'est plus capable de rendre compte des enjeux auxquels nous devons faire face. L'histoire de cette notion nous montre qu'elle est éminemment liée à un savoir sur les tissus constitués des centres anciens et leurs faubourgs, avec en toile de fond patrimonialisation, typo-morphologie et couture urbaine comme guide. Cette base théorique reste valide sur l'urbain mais ne nous est que d'un faible secours sur les nouvelles périphéries où se diffusent, voies rapides, lotissements pavillionaires et zones d'activités: les échelles et les temporalités ont changé. ces villes moyennes et ces villages s'insèrent dans un nouveau rapport avec un territoire plus vaste. Le lien à la métropole a changé grâce aux différents moyens de transport. On tire de la grande ville tous les biens économiques et culturels dont on a besoin. Montauban, Albi, Castres, Castelnaudary, Pamiers, Saint Gaudens, Auch forment un réseau multipolaire circulaire qui dèfinit un statut nouveau pour "l'entre-ville" dont Rabastens fait partie. La distinction ville/campagne a muté. On peut aujourd'hui habiter en pleine "nature" avec la même accès à la modernité que les urbains. Voire peut-être mieux: moins de pollution, d'embouteillage, de manque d'espace, de cherté du foncier.... Les outils que la société met aujourd'hui à notre disposition seraient même plus performants à la campagne qu'à la ville: pavillion/voiture/réseau/centre commercial/zone de loisir...Une mutation profonde de nos sociétés est à l'œuvre dans nos comportements sur le territoire, les façons d'y habiter, d'y circuler. Comment répondre à cette mutation, à ces attentes tout en respectant l'image et l'èquilibre environnemental de ces territoires? Comment lutter contre cet étalement que beaucoup critiquent mais auquel peu opposent de faòon d'y remédier? C'est l'enjeu principal de notre enseignement que d'essayer de définir, avec les étudiant de 4ème année, une pédagogie exploratoire sur l'architecture du territoire. L'enseignement se déroule en quatre temps: -L'analyse par la typo-morphologie, la cartographie, la sociologie, la dérive sensible dans l'histoire et le futur. -La définition des enjeux correspond à la hiérarchisation des grandes questions qui se posent à la commune. -La proposition d'éventuelles stratègie prises dans le sens quasi militaire de l'art de la coordination des moyens en vue de l'atteinte des objectifs. -La mise au point de projets d'architecture du territoire qui correspondent à la tentative d'inscription matérielle dans l'espace des objectifs. Le passage de la conception d'une dimension urbaine ou suburbaine à une dimension territoriale oblige à un glissement disciplinaire où les 4 étapes classiques vues ci-dessus sont sous-tendues par une dimensione géographique que nous, architectes, avion un peu mis de coté. La gèographie dans ses dimensions physiques, humaines, descriptives, biologiques ou climatologiaques tend à montrer entre autres l'interaction des différentes composants du milieu dont la société utilise les ressources eau, sol, végétaux, animaux, minerais et sources d'énergie. Issue de la géographie trois notions nous semblent particulièrment éclairantes en ces jours de recherche sur le legs aux générations futures: -la géomorphologie appliquée à l'aménagement du territoire. -les temporalités territoriales: le temps long de l'érosion naturelle, le conjoncturel de plusieurs décennies, et l'événementiel plus bref, à l'échelle de l'individu. -la mémoire et l'oubli qui sont une dimension de la stratification de l'histoire urbaine et paysagère. Si les traces s'effacent de façon salutaire, au fur et à mesure de temps, un travail prècis sur les processus de mémorisation peut les remettre à jour. la mémoire et l'oubli sont au cœur de l'architecture du territoire. C'est donc, outre l'articulation territoire, art, architecture, ce que nous avons tenté de comprendre à Rabastens, aux travers d'expérimentations diverses comme l'idée d'une "lisière de ville" pour limiter son expansion, de densifier, de couturer son centre, d'intituer des lieux pour des centralités de faubourgs ou de zones industrielles, de définir les critères de préservation et d'embellisement des paysages naturels et ruraux et d'intensifier l'urbanité des differents hameaux qui jalonnent le territoire. L'an prochaine notre atelier partira vers une bastide ariédeoise, Mazères, qui depuis qu'un échangeur a été ouvert sur l'autoroute de Foix, imagine, en soivant son Plan Local d'Urbanisme (PLU), de passer de 2000 à 3000 habitants en moins de cinq ans, en multipliant par quantre son territoire urbanisé.


Article paru dans «Plan libre », revue de l’Ordre des Architectes Midi Pyrénées, 2003