Connaître Le Mirail.

L’équipe d’étude

Pour pouvoir répondre à cet enjeu qu’est la transformation de l’image du Mirail nous avons monté une équipe composée de compétences complémentaires :

- Rémi Papillault, mandataire, architecte-urbaniste, travaille depuis plus d’une dizaine d’années sur les questions d’histoire et de réhabilitation des villes de la deuxième moitié du vingtième siècle comme Le Mirail à Toulouse ou Chandigarh en Inde et a réalisé par ailleurs des espaces publics comme le belvédère Garonne au Parc Urbain Vitry.

- L’Agence URBANE spécialiste en projet social et urbain sur des quartiers difficiles participera à la conception urbaine et s’occupera plus particulièrement des questions de sociologie et de paysage.

- Le Bureau d’étude SETI aura une mission portant sur la définition des grandes masses de l’économie du projet et le contrôle des orientations techniques notamment au niveau des démolitions et des réseaux.

L’intérêt de l’équipe pour le site.

Pour pouvoir analyser le volet urbain du Grand Projet de Ville nous nous appuyons sur une connaissance approfondie de ce quartier, préalable qui nous paraît être une base indispensable pour permettre de trouver une transformation radicale qui soit aussi capable de respecter le caractère « difficile » mais réel de ce quartier. En effet Le Mirail n’est pas un grand ensemble comme les autres. Pour pouvoir le comprendre il faut une connaissance de son histoire et de son évolution, tant du projet d’origine que des différentes actions menées au fil du temps et de la façon dont aujourd’hui les habitants l’appréhendent.

Notre connaissance du Mirail s’appuie sur une recherche pour le Plan Urbain, puis pour le Plan Construction, l’organisation d’un Colloque, différents travaux dans le cadre de l’enseignement de l’Ecole d’Architecture de Toulouse (mémoires, projets, TPFE), l’interview des différents acteurs, notamment Candilis et Josic qui nous ont permis de comprendre le pourquoi de l’échec du Mirail, puisque tous s’entendaient ou s’entendent pour parler d’un échec. (voir curriculum vitae)

Nous nous concentrerons ici sur la dimension urbaine du Grand Projet de Ville sans négliger pour autant les aspects sociaux et culturels qui sous-tendent toutes nos actions.

Les thèmes support de projet

En préalable, nous voudrions reprendre les principaux thèmes du volet urbain du diagnostic du GPV en nous appuyant tant sur les attendus de départ de l’équipe de conception que sur l’évolution du quartier par la suite et de son état actuel. Partant de ces thèmes, nous ferons ressortir les questions qui nous paraissent porteuses d’éléments de projet.

Un quartier de caractère

La principale qualité du quartier est peut-être son caractère, sa culture, une forme de cohésion sociale particulière. Même si on regrette son repliement sur lui même, nous aurions beaucoup à perdre à vouloir aseptiser ce quartier dont les qualités de vie et d’échanges sont nombreuses.

Pendant quelques années, grâce notamment au Festival Racine et au travail mené par les associations culturelles et sociales sur le Mirail, on a vu se développer une culture spécifique dont certains films récents ont réduit l’ampleur et la diversité. Si l’on interroge les gens qui vivent sur place, on sent, toutes origines confondues, une fierté, un sentiment d’appartenance à une communauté urbaine difficile et particulière. Pourtant les réalités sociales sont très diverses, entre la forte présence étudiante au Nord, les lieux d’habitats de Bellefontaine et Reynerie, les modes de vie dans les petits immeubles ou pavillonnaire comme aux Mûriers et les activités de plus ou moins grande échelle du sud de la zone.

Malgré ces disparités, est-ce que cet ensemble ne forme pas un tout ? Comment, en transformant les aspects négatifs de l’image du lieu, peut-on conserver ces atouts de cohésion ? Comment dans le même temps ouvrir ce quartier à la ville ?

La dimension patrimoniale

Cette question est une des plus complexes à résoudre. Nous ne sommes pas ici devant un grand ensemble quelconque. Il nous semble important de considérer dans notre projet que nous sommes là face à une œuvre d’importance dans l’histoire de notre société moderne, voulue par un maire et toute une équipe municipale entièrement acquis à la réalisation de l’ensemble et conçue par des architectes qui ont compté dans l’histoire de leur discipline. Candilis, Josic et Woods, lauréats de nombreux concours, enseignants en France et aux Etats Unis, ont réalisé dans leur carrière des bâtiments d’importance comme l’Université Libre de Berlin, et des plans d’urbanisme de valeur comme celui de Bagnols sur Cèze qui leur a valu le premier grand prix d’urbanisme en 1960. Ils sont avec les Smithson et Van Eyck, membres fondateurs du groupe Team Ten, réformateurs des CIAM, dont Toulouse le Mirail est le seul exemple jamais construit à une telle échelle. En France, sous l’impulsion du Ministère de la Culture et à l’étranger, on inventorie le patrimoine du XXème siècle.

Comment tenir compte au Mirail de cette valeur patrimoniale alors que le quartier nécessite une transformation et un changement d’image radical ? Est-ce que certaines idées du plan d’origine ne peuvent pas être support de rénovation ? Pourrait-on imaginer que cette valeur patrimoniale fédère une cohésion entre les anciens et les futurs habitants du Mirail ? Près de 70% des immeubles devant être maintenus, comment les intégrer harmonieusement dans la transformation de l’image du quartier ?

Le sentiment de la nature au Mirail.

L’image positive la plus marquante au Mirail tient dans la place qui aura été faite à la nature. Les anciens parcs des châteaux qui occupaient le site, reliés par le talus Garonne planté de chênes, ponctué de fontaines et de pigeonniers, ainsi que les jardins composés par les paysagistes de l’équipe de conception d’origine, font de ce quartier un des premiers parcs de la ville. Malheureusement, l’ampleur, le peu de contrôle et le manque de lisibilité de ces espaces verts font que bien souvent le sentiment de vacuité domine sur celui de nature.

Comment redonner de la lisibilité à ces espaces ? Comment mieux les intégrer à la dimension urbaine ? Comment organiser et renforcer cet esprit de « cité jardin » voulue par les concepteurs d’origine ?

Une bonne desserte du quartier.

Les nombreuses lignes de bus, les quatre stations de métro, la proximité de la Rocade Ouest et celle de la future Rocade Arc en Ciel, font de ce quartier l’un des mieux desservis de l’agglomération ; mais la complexité de tracé et le manque de lisibilité des espaces publics font qu’il est difficile de s’y retrouver. La voirie en Y, le réseau d’abeille, donnent une desserte multipolaire difficile à schématiser mentalement d’où un sentiment de labyrinthe, de perte.

Comment renforcer la lisibilité de ces dessertes, tant au niveau de la voirie primaire que de la voirie secondaire ? Comment remettre les stations de métro dans un schéma d’espace public clair ? Comment ouvrir le Mirail à la ville et aux autres quartiers ?

Le Mirail comme mégastructure.

Contre la conception par tours et barres isolées, Candilis, Josic et Woods avaient au Mirail joué sur le thème de la continuité en s’appuyant sur la composition organique en mégastructure chère aux membres du Team-Ten. Cette continuité s’articulait principalement autour de la dalle « rue-centre », la ville était dite arbre. Mais il est un fait que la ville n’aura su croître le long de la dalle qui pour des raisons techniques et économiques a été abandonnée.

Les quartiers de Bellefontaine et de Reynerie, réalisés sous la direction de Candilis, apparaissent comme une mégastructure couvrant de façon continue et homogène l’ensemble de la zone, avec une répétition des façades à volets coulissants sur plusieurs centaines de mètres qui rend l’ensemble monotone et étouffant.

La grande dimension des îlots définie par les voies rapides et les grandes barres crée de trop vastes échelles de territoire que les habitants ont du mal à investir, s’approprier.

En plus de cela, Le Mirail donne le sentiment d’une impénétrabilité. Le caractère de voie rapide bordée d’arbre du réseau primaire, font que l’on contourne l’ensemble. Si on pénètre ces îlots, la complexité de tracé du réseau secondaire, la composition des immeubles à 120° et l’interpénétration des espaces publics – privés, rendent l’ensemble illisible. Il est impossible pour le visiteur ou même l’habitant de se figurer le quartier par un schéma mental.

Pour contrecarrer ce sentiment, le Grand Projet de Ville prévoit des démolitions actées par une concertation auprès des habitants qui demandent des actions pour que change l’image de leur quartier.

Comment enlever au quartier cette image de mégastructure lourde et rébarbative ? Comment lui redonner de la lisibilité ? Comment établir un tracé qui permette à tous de se figurer le quartier, d’en positionner mentalement les principaux espaces publics ?

La « dalle rue centre ».

Le choix de la dalle rue centre comme ossature principale de distribution et d’évolution du quartier s’est donc avéré inopérant pour bien des raisons techniques et économiques dont il n’est pas lieu ici de retracer l’histoire. Le grand mérite de la rue centre aurait été, une fois achevée, de relier les quartiers entre eux en mettant le piéton, notamment les enfants, à l’abri de la circulation des véhicules.

Mais sa diminution puis son abandon, au fur et à mesure de la réalisation, continue de poser des problèmes :

- la rupture entre cette dalle et les sols environnants rend difficile la continuité entre habitats, commerces, équipements et parcs

- cette rupture rend aussi impossible la sécurisation du quartier, les véhicules de police ne pouvant accéder à cet espace ce qui le transforme en une zone de non-droit,

- la dalle n’est plus que passerelle au niveau de Reynerie et de l’Université, rendant difficile l’appropriation de cet espace par les habitants.

Un espace public majeur structurant distribuant les trois quartiers du Mirail a manqué et continue de manquer. Le Grand Projet de Ville prévoit de prolonger la démolition de la dalle et de créer une nouvelle voie d’une vingtaine de mètres de large partant de la rue Henri Desbals et se faufilant entre les immeubles conservés.

Est-il possible de respecter cette volonté d’origine en donnant au Mirail l’espace public majeur structurant qu’il lui faut ? Comment repositionner cet espace au niveau du sol alors que la plupart des immeubles conservés ont leur entrée principale au niveau de la dalle ?

La place des équipements.

La place de l’enfant et plus généralement du piéton dans l’ensemble, avec des circulations protégées, des jeux en pied d’immeuble, l’accès facilité à des équipements scolaires, sportifs et culturels en grand nombre furent une des grandes réussites du Mirail. Leur densité mais aussi la qualité de fabrication font qu’aujourd’hui Le Mirail a valeur d’exemple. Mais en restant à l’échelle urbaine se posent tout de même des problèmes de lisibilité de ces équipements pour trois raisons principales :

- réalisés par les mêmes architectes, ils ont tous la même écriture architecturale,

- l’absence de limite ou de distance avec les immeubles environnants (« l’école n’est pas une maison »)

- l’absence de façade avant arrière et d’espaces publics d’accompagnement fait que les accès principaux ne sont pas clairs.

Comment en conservant les qualités d’invention et de fabrication d’origine rendre ces équipements mieux intégrés dans la ville ?

L’immeuble

La générosité voulue à l’origine sur les immeubles, avec des rues et services aux étages, la possibilité du choix de cheminement, la continuité entre les immeubles, de grands ascenseurs desservant rapidement les niveaux, aura mal vieilli.

Ce qui a été difficilement réalisé à l’échelle d’une unité d’habitation de quelques 300 logements par Le Corbusier à Marseille, à l’aide de fonds d’Etat importants, n’a pas pu l’être à l’échelle de l’opération du Mirail ou même à celle du quartier de Bellefontaine. Force est de constater de nombreux dysfonctionnements :

- la complexité de la distribution des appartements dans l’immeuble par ascenseur puis coursive puis escalier ;

- la continuité par coursive entre les différents bailleurs rendant les questions d’entretien et de responsabilité très délicates ;

- l’absence de hiérarchie entre les façades contribuent à une appréhension difficile : pas de façade avant de représentation et arrière d’intimité,

- pas d’adresse postale, pas d’entrée clairement exprimée,

- la hauteur des immeubles culminant à 15 étages,

- l’absence de soin dans le traitement des rez-de-chaussée, des parties communes, des coursives,

- du fait de l’échelle des immeubles, appropriation impossible des parties communes,

Comment rendre les immeubles « appropriables » par les habitants ? Comment leur rendre une hiérarchie de façade pouvant servir de support à la qualification de l’espace public ?

L’inventivité de la « Cellule ».

L’inventivité des plans d’appartements conçus par Candilis, Josic et Woods sur le Mirail fut et reste impressionnante : adaptabilité, qualité de construction, grande surface, séjour traversant, double loggia, pièce en plus, séparation jour / nuit, semi-duplex, regroupement des gaines au centre. Toutes ces caractéristiques font de cette cellule une des plus inventives dans la production du logement social des années soixante et reste aujourd’hui une référence rarement égalée. Lorsque l’on questionne les habitants, la qualité de l’appartement est citée, avec les espaces verts, comme un des points les plus positifs de l’ensemble.

Comment faire de cette qualité une des « marques de fabrique » du quartier ? une caractéristique essentielle ?

Les actions pour transformer l’image du quartier.

Pour mener les actions telles quelles sont définies dans la convention cadre du Grand Projet de Ville, nous proposons pour chacune d’elles, en partant des questionnements ci-dessus d’esquisser des stratégies possibles.

Dessiner une nouvelle trame urbaine,

Ouvrir le quartier sur la ville

Pour répondre à la demande d’ouverture et d’interdépendance des territoires, nous proposons de relier le quartier du Mirail à la ville avoisinante par toute une série d’actions, tant dans un travail d’établissement de liens formels à l’échelle urbaine, comme le prolongement de voies, de mises en connexion, de traversées protégées, que par la réflexion sur la lisibilité de positionnement des équipements publics d’échelle régionale, comme le Centre Culturel Alban Minville, qui pourrait trouver une nouvelle place dans le quartier, plus signifiante de ses ambitions.

Créer un espace public majeur comme figure d’identification du Mirail

Dans le sens nord-sud, du rond point de la Cépière au Boulevard Eisenhower, le quartier du Mirail fait 3 km de long pour 1,5 km au plus large, là où le centre ancien de Toulouse fait 2km de long de la Place Arnaud Bernard à la Place du Parlement. Cette grande échelle d’opération nous oblige à réfléchir à une articulation d’espaces différenciés.

Pour une meilleure appréhension du quartier par tous, nous proposons d’étudier un espace public, large, grand, reconnaissable, lisible comme nouvelle figure d’identification, lien entre les trois zones Université, Reynerie, Bellefontaine.

Le parcours de cet espace sera à la rencontre entre celui proposé au GPV et la « dalle –centre - linéaire » de Candilis Josic et Woods avec au nord la connexion à la Faculté de Lettre, au centre le lien et la requalification de la Place Abbal , puis en suivant, la création d’un lien avec le quartier de Bellefontaine et la connexion au sud près du Boulevard Eisenhower.

Il s’agit de changer radicalement le système de séparation entre véhicule-piéton, tout en préservant les notions de sécurité pour les déplacements piétons et vélos, de donner au quartier, en se mettant au niveau du sol, la grande figure urbaine qui n’a jamais été réalisée.

Son parcours ne sera pas d’un seul tenant mais consistera en une articulation de lieux très clairement définis où les constructions anciennes et modernes auront droit de cité.

Cet espace public majeur se décomposera en autant d’entités, de places, de mails qui rendront lisibles l’échelle des trois quartiers traversés. Ces espaces s’appuieront sur des lieux ou des usages préexistants.

Renforcer la place de la nature dans la structuration des quartiers

Les espaces verts font du Mirail un des tous premiers parcs de la ville. Cette qualité essentielle tient aux chênes du talus Garonne, aux parcs des châteaux, mais aussi aux plantations réalisées dans les années soixante et qui sont aujourd’hui à maturité. Cependant ces espaces non bornés sont souvent à l’abandon, sans entretien, sans nettoyage, ouverts à toute dégradation. Nous proposons une série d’actions pour renforcer la place de la nature au Mirail :

- Protéger et mettre en valeur les parcs des anciens châteaux, tant au niveau de la qualité de leurs plantations que dans un travail précis sur leurs limites.

- Mettre en connexion ces parcs dans le sens nord-sud grâce aux plantations d’arbre le long du talus Garonne,

- Etudier une grande traversée paysagère dans le sens est-ouest depuis La Mounède jusqu’à la zone de Milan.

- Appuyer ces parcs linéaires par des promenades piétons et vélos traversées, comme par exemple dans le sens nord-sud, par le chemin de Lestang,

- Etudier la possibilité de jeux d’eau. Si on regarde une carte du Mirail d’avant Candilis, on est surpris par le nombre de mentions d’éléments en rapport à la distribution ou à la conservation de l’eau : Bellefontaine, L’Estang, Mirail (miroir, pièce d’eau en langue d’oc), canal de Saint Martory et différents ruisseaux qui avaient conduit l’architecte à la création du Lac de Reynerie. Nous proposons d’étudier si cette présence de l’eau ne peut pas devenir un des éléments forts, identifiant des espaces publics et espaces verts du quartier.

- Renforcer l’effet d’amphithéâtre naturel jouxtant le Lac de Reynerie en l’accompagnant d’un équipement public lié au spectacle et à la culture majeure.

- Utiliser autant que faire se peut les plantations des années soixante dans le processus de résidentialisation.

Transformer une partie des voies rapides en boulevards urbains

Les architectes des années soixante cherchaient à mettre en place un système de séparation véhicule / piéton en hiérarchisant les voies. Candilis, Josic et Woods s’appuient ainsi sur une trame hexagonale de voies rapides qui distribuent de grands îlots. La fluidité de circulation au milieu des espaces verts, la possibilité de vitesse et l’absence de présence de la ville, étaient les caractéristiques recherchées. 40 ans plus tard, la ville, de façon plus ou moins accompagnée, s’est retournée sur ce réseau pour le transformer en ce qui semble s’apparenter en certains endroits à une forme de boulevards urbains. Nous proposons d’aller dans ce sens, en retournant les grands îlots sur ces voies avec une épaisseur de bâti, comme cela est esquissé sur le plan des potentialités foncières fourni dans le dossier d’appel d’offre.

Créer un réseau secondaire de redistribution des îlots lisibles

Les grands îlots quartiers définis par les voies rapides seront recoupés par des voies secondaires sur un plan quadrillé réglé sur l’espace public linéaire vu ci-dessus. Pour pallier aux manques de circulation transversale et de raccord aux quartiers jouxtant le Mirail, nous proposons de raccrocher ce réseau de voirie à tous les quartiers attenants, notamment du côté de la route de Seysses, de Lafourguette, au nord avec le péricentre La Cépière, le Lycée Polyvalent, et à l’ouest avec les Pradettes et la zone d’activité de Basso Cambo.

Créer des secteurs de construction

L’espace public majeur et les voies secondaires seront pensés comme support de construction de nouveaux bâtiments. Nous pensons même que la requalification des espaces publics s’appuiera en grande partie sur la construction de bâtiments. Sans faire perdre au quartier la présence de la nature, il nous semble important d’imaginer une densification des constructions. La triste vacuité que l’on rencontre en bien des lieux au Mirail sera systématiquement pourchassée. Il ne s’agit pas de vouloir densifier à outrance, il est dans la ville des lieux ou l’intensité doit être moindre, mais de donner des espaces publics clairement définis à l’articulation entre la culture de la ville classique et l’ouverture, la transparence, la liberté voulues par les modernes.

Ces nouveaux bâtiments permettront aussi de donner une échelle intermédiaire entre celle du piéton sur la rue et la grande échelle des immeubles maintenus.

Le lien de l’Université au quartier

Les potentialités de vie et d’activités offertes par la présence de l’Université au Mirail sont totalement sous-exploitées. Nous proposons de mener, avec les responsables concernés une réflexion sur l’ouverture et la mise en valeur de cet équipement de premier plan à l’échelle de la région. Il nous faut imaginer un parvis, un lien large avec la Reynerie. L’Université doit devenir un des éléments moteur de cette transformation de l’image du quartier.

Rationaliser les réseaux techniques sous voirie

L’ensemble des réseaux du Mirail passaient sous la dalle. L’usine d’incinération des ordures ménagères dessinée par Alexis Josic permettait par exemple de desservir en chauffage l’ensemble du quartier. L’eau, l’électricité empruntaient le même chemin, définissant une rationalité qu’il faudra revoir dans la mesure où la dalle serait, pour tout ou partie, démolie. L’espace public majeur pourrait, en souterrain, accueillir ces réseaux.

Peut-être pourrions-nous prolonger l’ambition des concepteurs d’origine en allant dans le sens de ce que l’on nomme aujourd’hui le développement durable avec un quartier qui pourrait être un modèle en terme de recyclage, d’utilisation des nouvelles énergies et plus largement, d’un rapport particulier à la nature.

Redéfinir le rapport entre espaces publics / privés,

La nature comme composant essentiel

Sans que ce soit une véritable cité jardin, nous avons vu qu’au Mirail avait été donnée une grande place à la nature. Nous voudrions que dans la redéfinition du rapport public / privé, la nature joue aussi un rôle de premier plan :

- dans la qualification des espaces publics avec arbres d’alignement,

- dans la définition du statut des parcs, squares et jardins publics,

- dans la matérialisation des clôtures entre privé et public

- enfin en laissant en pleine terre le plus d’espace possible sur les domaines privés créés, que ce soit dans le cadre de la résidentialisation ou dans le cadre de la recomposition urbaine.

Clarifier les limites entre l’espace public et privé

Le Mirail est né dans les années soixante pendant le débat sur la mobilisation des sols. Le choix fait par l’ensemble des acteurs de conserver publique la majeure partie des terrains devait permettre aux générations futures de disposer du droit à remettre en question les dispositions urbaines choisies.

Ils s’agissait même, en suivant l’argumentation du service juridique de la ville de Toulouse de l’époque, de la principale qualité du quartier. Aujourd’hui la vacuité de beaucoup des espaces nous oblige à intervenir.

Nous proposons d’étudier par tous les moyens la clarification de la limite entre public et privé pour renforcer la lisibilité du quartier et donner de la valeur aux espaces.

En nous appuyant dans une grande mesure sur les principes de résidentialisation, nous proposons de donner aux bâtiments existants en pied d’immeuble, suffisamment d’espaces privés pour accueillir des garages, jardins et jeux d’enfants, ou tout autre occupation que les habitants pourront trouver utile. La limite de ces espaces sera très soigneusement étudiée dans leurs hauteurs, natures, matériaux, usages. A certains endroits, on pourra trouver des clôtures épaisses accueillant du stationnement à d’autres, des parties plus végétales. Enfin, dans le but vu plus haut de créer une échelle intermédiaire entre la rue et les barres d’origine, de nouveaux bâtiments seront implantés en limite sur rue.

L’urbanisme du Mirail nous oblige à inventer une résidentialisation adaptée à la présence de la dalle, à la grande hauteur des bâtiments, à la présence régulière d’équipements en pied d’immeuble. Nous nous servirons de la création d’une limite claire de propriété pour :

- donner aux habitants des espaces d’appropriation,

- rendre lisible et repérable les accès et entrées des immeubles,

- améliorer les équipements en clarifiant les lieux d’entrée, d’ouverture sur la ville, les limites, les clôtures, les avants / arrières

- redéfinir les espaces de stationnement : parkings publics, parkings collectifs, stationnements protégés, etc…

Contribuer, à travers le projet urbain, à renforcer la cohésion sociale

- par une ouverture des écoles sur leur environnement. Nous proposons une réflexion à mener avec l’équipe de MO sociale sur le positionnement de certains équipements scolaires et leurs liens aux quartiers environnants…

- par une mixité possible entre activité et habitat dans une programmation à trouver sur les axes majeurs entre bureau et habitat car la zone, du fait de la proximité de la rocade, et du métro bénéficie d’un environnement très favorable.

- par une mixité aussi avec une population étudiante, et l’accueil d’atelier d’artiste ;

- par la mise en forme de nouvelles relations entre l’université et son environnement : travail sur les accès et les limites…

- par un travail plus particulier sur les espaces de proximité des logements, que ce soit en terme de programme de locaux (par exemple pour associations en pied d’immeuble) ou en terme de lieux de rencontre liés aux micro-quartiers,

- par un positionnement des équipements lieux de vie dans des espaces publics stratégiques, en respectant également les questions de tranquillité des riverains ( notamment pour les espaces d’accueil jeunes par exemple, pour éviter les confrontations …)

- par un travail spécifique sur les notions de sécurité , non pas dans le sens d’une protection contre les autres, mais comme une réflexion sur les espaces réduisant le sentiment d’insécurité (visibilité et dégagement des vues, repérage des espaces, surveillance naturelle des lieux par la notion d’appartenance …) . Ainsi, l’éclairage des espaces publics sera particulièrement étudié, dans le double but de leur donner vie et ambiance le soir, mais également de rendre plus accessibles et donc plus sécurisés leurs abords,

- par un travail sur la programmation des logements qui doit répondre également à une diversité de proposition : l’inventivité des plans d’appartement vue ci-dessus fait de la cellule du Mirail une des plus inventives dans la production du logement social des années soixante et reste aujourd’hui une référence rarement égalée.

Nous proposons que ce niveau d’inventivité soit une des marques des nouveaux logements à venir au Mirail, que ce quartier soit un laboratoire pour le reste de la France sur la question des modes d’habités. Il faut pour cela que la promotion tant publique que privée soit encouragée à rechercher des logements exceptionnels, non seulement en terme de surface mais aussi en terme de distributivité ou de modes d’habités, tant à l’intérieur même de l’appartement qu'à l’échelle de l’immeuble.

Autres actions possibles

Un plan pour contrecarrer les nuisances de chantier

De 2003 à 2006 puis dans les années à suivre, les habitants du Mirail vont vivre au rythme des démolitions puis des reconstructions une nuisance importante. Nous proposons de mener une réflexion spécifique sur cette question en jouant si possible sur les techniques de démolition et leur mise en œuvre de détail et sur le phasage des démolitions / reconstructions. Le chantier de l’hôpital de la Cité Universitaire à Paris a montré que l’on pouvait écrêter un bâtiment hospitalier tout en le maintenant en activité.

Un plan lumière pour le Mirail

A l’heure où nous réfléchissons à un plan lumière pour le centre ville, il nous semble important d’imaginer à terme un plan lumière pour le quartier du Mirail qui la nuit, rende le lieu attractif. On pourrait imaginer que la lumière vienne renforcer les intentions du projet en soulignant la nouvelle promenade verte sur le talus Garonne et le nouvel espace public structurant en continuité sur les trois quartiers.

La dimension artistique à l’échelle urbaine

Candilis, Josic et Woods comme la plupart des architectes de la période refusaient l’implantation d’œuvres d’art sur les espaces publics. Nos positions sur ce point ont évolué. Nous proposons de réfléchir à un plan artistique d’art contemporain pour le quartier du Mirail qui permettra tant de valoriser les espaces publics créés que de donner des repères aux habitants et visiteurs. Le Land Art, les Œuvres Collectives, la participation, le contextualisme ou même la sculpture monumentale pourraient nous aider à changer fortement l’image du quartier.

Le nom des choses : la signalétique à l’échelle du quartier

Dans la volonté de rendre lisible le quartier la signalétique pourrait jouer un rôle important. A celle d’origine marron foncé avec le fameux signe inventé par Candilis nous préférerions trouver une signalétique plus proche de celle employée ailleurs à Toulouse pour bien marquer l’appartenance du Mirail à l’ensemble de la ville. En revenant à une structure de rues et de places le nom et la numérotation reprendront ici le dessus pour désigner les adresses et les lieux. Nous nous attacherons à proposer pour l’ensemble des espaces publics, des noms issus de l’histoire du lieu toutes périodes confondues.