Où se cache l'identité d'une ville ? Dans quel pli, dans quelle inflexion de rue, dans quelle cour ? Est-ce cette part de mystère, d'indicible qui fait le charme, le caractère même de la ville ? Est-ce dans les caractères communs qui lient les bâtiments ou peut être dans la façon analogue qu'ils ont de jouer la différence.

L'âme d'une ville se cache dans la longue durée et la longue durée est mesurable. Elle tient dans la sociologie, la topographie, dans la continuité du parcellaire, dans les différents projets réalisés ou non, dans les matériaux, dans la réglementation..... On peut tenter de reconstruire Toulouse à partir de: - un marchand, un parlementaire et un universitaire - une brique et une poutre, - un arc sur une boutique et une plate bande sur une porte piétonne, - une ordonnance d'architecture - une parcelle et sa permanence, - une voie, un alignement, une percée - des projets - des demandes d'autorisations de travaux et des architectes voyers qui les examinent - etc.. Chacun de ces éléments peut être vu au travers du temps. Il paraît évident de manière implicite que la réglementation participe de la longue durée. Nous essaierons de voir si sur Toulouse, où le premier règlement urbain date de 1282, il existe une continuité dans la réglementation urbaine et si celle-ci a contribué à la création du caractère de la ville.

Tout au long du XX° siècle on a vu se succéder les plans de mise aux normes, hygiènes, circulation, du centre ancien. Au fur et à mesure que l'on voyait ces tentatives de mise aux normes décliner, dans la même proportion inverse montait le consensus de sa sauvegarde. La conservation du patrimoine architectural a toujours suscité des débats animés dont la ville conserve les traces dans son tissu: les inflexions d'une percée pour éviter un hôtel, une galerie en plaquage historiciste dans le fond d'une cour, un hôtel éventré dont la cour devient rue..... On retrouve dans les grands projets urbains de Mondran (1754), Saget (1777), Virebent (1807), Vitry (1842), Bonnal (1870), Jaussely (1928), Nicod (1946) et du PUD de 1962 la place grandissante que prend le patrimoine. Dans les années 1900 et jusqu'à nos jours les travaux des sociétés savantes, J. Chalande , J. Malafosse, entre autres, ont permis d'inventorier la situation et la valeur du patrimoine. On retrouve cette préoccupation dans les travaux d'Albert Morel que reprendra Léon Jaussely pour le plan d'Aménagement d'Embellissement et d'Extension de 1928 ou dans la précision méticuleuse de l'inventaire des bâtiments "intéressants à conserver" du plan Nicod ou même dans le caractère extrémiste de l'écusson archéologique du Plan d'Urbanisme Directeur de 1962. A l'appui de chacun de ces plans était mis en place un règlement.

C'est dans les Coutumes de Toulouse de 1286 que nous trouvons le premier texte de réglementation sur les édifices et bâtiments. Il traite principalement de la limitation des encorbellements sur les rues, et de l'obligation de construire un mur séparatif entre les parcelles. L'incendie de 1463 qui détruisit la ville au 2/3 entraîna la création de nouvelles règles de construction concernant la nature et la hauteur du mur mitoyen afin qu'il puisse jouer le rôle de coupe-feu. Les visites des Rois de France à Toulouse au cours du XVI° et XVII° siècle furent aussi l'occasion de la création de règles. Le parcours suivi par les rois dans la ville devenant le champ opératoire de la notion d'embellissement sur la ville: les règles édictées pour la rue "Grand rue" faisaient par la suite force de loi sur toute la ville. L'envoi des ingénieurs du Roi dans les provinces, l'Ordonnance sur les alignements de 1807, les expériences urbaines de la rue des Marchands et de la rue St. Antoine du T, le plan d'alignement de 1842, la Loi Cornudet sur les plans d'Aménagement d'Embellissement et d'Extension de 1919, le plan Nicod de 1946 sont autant de réglementations urbaines dont la ville porte les traces dans ses continuités.

L'ensemble de ces réflexions font naître plusieurs questions pour le cas particulier de Toulouse;

- Quels sont les textes qui ont marqué l'histoire de la réglementation à Toulouse?

Faire une histoire de la réglementation par une mise à plat des textes réglementaires en les décomposant par éléments architecturaux et urbains. Une fois la décomposition établie regarder comment chaque élément a évolué dans le temps

On peut tenter d'établir quelques hypothèses: - on peut faire un historique par thème ou un index des éléments d'architecture réglementés - continuité sur la réglementation à Toulouse; comparaison avec Paris, Bordeaux et Montpellier. Cette hypothèse permettra de dégager si il existe une spécificité toulousaine, par rapport à un calque national. - il existe un rapport mesurable entre les textes réglementaires et le bâti. - l'architecture nourrit la réglementation. - l'histoire des réglementations peut servir à la définition des bases d'une réglementation pour un centre historique.


DEA école d'architecture de Paris Belleville, directeur d"étude Pierre Pinon