En dépit des avancées considérables de la technologie visant à l’économie d’énergie, force est de constater que les performances énergétiques des villes sont bien en deçà des attentes. L’expérience de « Masdar City », la première ville écologique au monde, serait appelée à devenir une ville modèle dans les domaines de l’énergie solaire, des transports propres et du recyclage des déchets, avec l’ambition d’une vie « sans émissions de carbone et sans déchets ». Cette expérience reste une exception.

Les villes sont confrontées à la gestion quotidienne de la dissipation des énergies. Comment le gaspillage d’eau, d’énergie, de matières premières, les émissions de gaz à effet de serre, de déchets divers peuvent-ils être repensés ? Comment réinventer le rapport vital de l’homme avec la ville existante et son habitat, de manière à éviter les écueils du passé en garantissant un partage des ressources équilibré et démocratique ?

Comment faire lorsque la recherche d’économie d’énergie n’est pas définissable par un projet scientifique inscrit dans une composition d’ensemble mais opère dans un univers existant et déjà clos? L’une des règles ne serait-elle pas de s'arranger avec les "moyens du bord"? Celui de prendre ce qui tombe sous la main et de construire au gré des opportunités?

La démarche est bien sûr limitée, mais ne s’agit-il pas aujourd’hui de faire au mieux avec ce dont on dispose pour répondre à l’imminence d’une crise écologique et énergétique? De faire avec la pensée du bricoleur complémentaire de la pensée scientifique pour qui comme l’a écrit Lévi Strauss " il ne s'agit pas de deux stades, ou de deux phases de l'évolution du savoir, car les deux démarches sont également valides".

C'est en tous cas vers cela que tendent les dernières études réalisées sur les processus d'innovation et de gestion des connaissances : combiner les protocoles rationnels avec les espaces de libre créativité où les connexions imprévues, l'émotionnel, l'affectif, ont toute leur place.

Pour observer et comprendre cette conversation nous avons choisi comme territoire d’exploration, l’Inde pays à forte croissance industrielle, mais qui dans bien des domaines doit faire face à des situations de raretés de ressources, notamment énergétiques. Les habitants semblent alors s’arranger pour contourner les manques avec le peu de moyens dont ils disposent et, du coup à partir d’opportunités inédites, produire des solutions originales.

Cette démarche en Inde a même un nom « Jugaad », un mot familier en hindi qui exprime le fait d’improviser une solution ingénieuse et peu couteuse à un problème du quotidien. Universitaires et scientifiques indiens y voient même une nouvelle pensée conceptuelle, une nouvelle façon de penser et d’agir sur le réel.

Nous faisons l’hypothèse que cette “innovation frugale” (Ivan Illich préconisait une austérité vertueuse) peut être appliqué dans le projet architectural et urbain pour répondre à des enjeux socio-économiques contemporain et ce à moindre coût avec pour souci de produire mieux avec moins d’impacts sur l’environnement.

Pour répondre à l’appel d’offre, nous souhaitons examiner cette pensée au travail sur la ville de Chandigarh. De confronter ce parangon de plan de ville de la modernité occidentale à la question des économies d’énergies développées par les Indiens au fur et à mesure de son appropriation et de son développement.


RESPONSABLES SCIENTIFIQUES: Rémi Papillault, Thierry Mandoul, Enrico Chapel
EQUIPE DE RECHERCHE: LRA Toulouse, ENSA Toulouse/ ENSA Paris Malaquais